Les amis du
​
Jardin Dumaine​



Le testament de
Pierre-Hyacinthe DUMAINE
Ceci est mon testament écrit de ma main
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Ayant le plus grand désir de voir la Ville de Luçon, (Vendée) où je suis né, prendre de l’importance et contribuer à son embellissement et à son agrément, je donne après mon décès aux habitants de la ville :
1°, La vaste propriété que j’habite rue des Capucins, comprenant ma maison, celle habitée par M. Gaillard, y tenant servitudes dépendances, jardin grand et petit bois, prairie, clos d’une contenance totale d’environ quatre hectares et demie, tel que le tout se limite par les murs de mon Clos.
2° Mes deux maisons, situées au midi de la précédente, sur la route des Sables et occupées l’une par M. Girard, greffier, l’autre par M. Vinçonneau sabotier.
3° Je donne en plus au ténement des Commées, rue du moulin Garnier, un terrain clos de murs, avec les tombeaux Chapelle mortuaire, maison de gardien, servitudes diverses que j’y dois construire et en outre tous les terrains qui entourent ce clos au nord-ouest, au nord, levant et couchant le tout pouvant contenir un hectare quinze ares.
A la condition expresse que la totalité de tous ces terrains appartiennent éternellement à la ville pour n’être jamais vendus, tout aussi bien que le Clos de la Chapelle et des tombeaux, dans le but que ces terrains de production puissent donner revenu à la Ville par le fermage de la maison et des dépendances qui y sont comprises ; le Clos de la Chapelle devant être intégralement conservé à la piété, tout en ne perdant pas de vue l’objet principal de la conservation minutieuse des monuments par le zèle du gardien.
La ferme de la maison et des terrains servira à l’entretien des monuments des servitudes et des murs de la propriété par les soins de la Ville.
Ce legs est fait aux conditions suivantes, que je charge le Conseil Municipal d’exécuter ponctuellement, sous peine de nullité de ce legs.
L’administration municipale résidera dans ma maison de la rue des Capucins qui deviendra l’Hôtel de Ville de Luçon, et qui s’emparera de suite après mon décès de la totalité de la propriété pour qu’elle soit en bonne surveillance.
A la condition aussi bien comprise que l’administration municipale fasse raser le plus promptement possible les bâtiments et servitudes de la mairie actuelle. De cette manière la façade du clocher de la Cathédrale, sera mise tout à fait en belle perspective.
Et lorsque MM. Vrignaud et Jarlot ou leurs représentants auront fait bâtir de belles maisons avec façade en plein midi la grande place offrira de ce côté un aspect régulier et des plus agréable au public.
Toute la propriété de la Rue des Capucins, hormis les bâtiments servitudes et terrains réservés pour l’Hôtel de Ville par l’administration, deviendra un jardin public gratuitement ouvert à la promenade des habitants, le dimanche et jours de grandes fêtes sous la surveillance et conformément aux règlements de l’administration Municipale.
Comme j’ai le plus grand désir que l’instruction se répande dans toutes les classes et surtout dans celle des ouvriers de tout état dans l’intérêt du travail et de leur aisance, je veux que la Ville emploie aussitôt mon décès une somme de cinq mille francs à fonder une bibliothèque publique, surtout à l’usage des ouvriers, et deux ans après une autre somme de cinq mille francs pour compléter plus en grand cette bibliothèque.
Le choix des ouvrages sera fait à Paris par un homme habitué à la composition des bibliothèques publiques de ce genre.
Comme je veux faire construire dans le champ clos de murs (légué à la Ville article 3) mon tombeau, et celui de de mon père et de ma mère ; les pierres en granit de mon tombeau y étant déjà rendues, et que je veux, en faire venir deux semblables pour le tombeau de mon père qui sera placé à l’est, en face du mien, celui de ma mère sera placé en triangle éloigné d’en face de la porte de la Chapelle, afin de ne pas gêner le coup d’œil du portail d’entrée, ce tombeau serait de forme mince et élevée ou de forme plate et peu élevée.
Je veux aussi faire élever une chapelle à la mémoire des morts, toute bâtie en granit de meilleure qualité, et diverses autres constructions, telle que maison de gardien de style byzantin, comme sera tout particulièrement la Chapelle d’après plans et devis déposés chez Me Deshayes, notaire. Cette maison sera en granit comme la Chapelle et les murs de ce clos seront entièrement recouverts de chapeaux en granit façonnés pour la conservation des murs.
Si tous ces travaux sont exécutés avant mon décès, ils appartiendront de suite à la Ville. Si la mort me surprend avant de les avoir commencés ou avant leur achèvement je veux que l’administration municipale en fasse continuer l’exécution des travaux par M. Henri Hybert fils, entrepreneur, et surveillé de ma part par Monsieur Colonnier propriétaire, mon remplaçant et inspecté par un inspecteur des travaux publics, reconnu par son habileté et nommé par l’administration municipale.
Ces travaux seront exécutés d’après le plans et devis que j'avais adoptés et laissés, dont un double sera annexé chez le notaire, au présent testament.
Dans ce dernier cas seulement pour faire faire ce qui n’a pas été commencé ou pour achever des travaux je donne à la Ville :
1°Une somme de trente quatre mille cent francs dont les titres sont dans les mains de M Chauveau, chargé par moi de les verser au fur et à mesure des échéances convenues pour constructions par un sous-seing privé passé entre M. Hybert et moi.
2° Plus pour la continuation des travaux l’argent provenant de la vente de mon mobilier, surveillé par M. Collonnier, garnissant ma maison à Luçon et de trois prés, situés au Port dont deux sont affermés à Melle de la Serrie et le troisième à M. Salès. Ces trois prés sont d’une contenance environ de trois hectares soixante six ares.
L’administration municipale fera remettre positivement tous les ans à M le curé de la Ville, le 2 juin, anniversaire de ma naissance, la somme de cinq cents francs qui seront distribués par lui aux pauvres particulièrement de Luçon, qui assisteront à la messe qu’il voudra bien dire ce jour là à la Chapelle sus-dite pour l’heureux repos de cette famille.
A cette occasion et toutes les fois qu’il le jugera convenable M le curé ou tout autre prêtre éloquent, voudra bien, avec l’autorisation ecclésiastique, prêcher le public à cette Chapelle dans des vues de respectueux souvenirs pour les morts, cérémonie trop négligée de notre époque aux dépens d’une bonne morale religieuse.
Sur chaque tombeau, il ne sera pas écrit autre chose que sur le tombeau de M Dumaine père .
Dumaine père 1825
Dumaine mère 1842
Dumaine fils 1872 ou...
Pour faire face aux diverses charges de mon testament la Ville pourra vendre en partie le terrain boisé entouré de murs qui donne au nord par l’allée St François, dont je parle au n° 3, mais en vendant la Ville fera une réserve de vingt mètres au delà du mur de séparation qu’elle fera rebâtir pour agrandir convenablement son terrain réservé, cette vente pourrait se faire en quatre lots pour bâtir quatre maisons sur l’allée St François ayant chacune son petit bois récréatif.
Les droits de mutation seront acquittés sur le pré affermé à M. Beaussire, sur le chemin de Triaize d’une contenance d’environ deux hectares soixante -six centiares, revenant à mes héritiers, la Ville ne devant rien contribuer à ces droits de mutation.
Ces dispositions toutes intéressées pour la Ville et les habitants indiquent l’obligation à M le Maire de se prêter obligeamment, lors de mon décès, à faire la démarche de me faire mettre dans la tombe indiquée pour cette fatale circonstance. Ce service affectueux sera pour moi d’une éternelle reconnaissance au fond de mon manoir.
L’administration municipale de la Ville , ayant rempli toutes les formalités d’acceptation pour mes donations fera mettre ces monuments sur la sauvegarde de l’Etat, comme tous les monuments remarquables le sont en France sous le point de vue religieux et des arts qui sont en France.
Je veux qu’une copie de mes dispositions testamentaires en faveur de la Ville seulement demeure toujours affichée dans la salle des séances du Conseil Municipal, afin que les habitants puissent bien connaître et s’en prévaloir et pour que mon exemple soit suivi par d’autres bons propriétaires.
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Viennent ensuite divers legs plus personnels qui sont aux bénéfices de serviteurs et de domestiques.
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En cas de mort à Nice ou tout autre lieu en voyage, j’engage Mademoiselle Mélanie Heymann ou la personne qui lui succédera ou l’autorité du lieu à me faire embaumer convenablement et à me faire mettre dans un cercueil en plomb pour m’adresser de là à Luçon (Vendée) chez moi, pour que M. Chauveau, juge de paix, ou l’autorité de la ville ait l’obligeance de me faire placer dans mon tombeau par les soins de M. Hybert fils, constructeur de mes travaux auquel je donne pour ses peines et soins la somme de cinq cents francs à me faire bien caser dans ce lieu de toute éternité ayant mon bon ange gardien peint au dessus de moi pour entretenir mon âme de son doux et pieux langage.
Je donne le surplus de mes biens quels qu’ils soient et spécialement à mes cousins issus de germains, portant mon nom d'enfant de Madame Veuve Dumaine demeurant à Baigne (Charente) conjointement et indivisément entre eux que j'institue à cet effet mes légataires universels pour le surplus seulement. Ils feront vendre les biens et partageront régulièrement entre eux les produits de la vente, écartant tout particulièrement de ma succession tout héritier qui voudrait contester l'héritage.
Je nomme pour mon exécuteur testamentaire, M. Benjamin Chauveau, juge de paix à Luçon ou son successeur en cas de mort, qui voudra bien continuer ses bons offices, ses bons soins pour moi en surveillant, après mon décès l'exécution testamentaire de mes volontés toutes dirigées dans un vrai but religieux et d'agrément pour les habitants de ma ville natale.
Quoique ne donnant pas un plan bysantin pour la maison du gardien toute bâtie en granit je n’en tiens pas moins l’administration municipale obligée de la faire bâtir comme les servitudes.
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Fait à Luçon le 22 août 1871
Signé : P.H. Dumaine
Grand extrait du testament affiché à l'Hôtel de ville de Luçon.
Voir aussi la page du site "Luçon Patrimoine Histoire Richelieu" concernant ce testament.
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