top of page

HARMONIE

Combien j’aimais aller, par les longs soirs d’été,

Ecouter les concerts dans le grand parc en fleurs…

Instants où la musique, en sa chaste beauté,

Versait dans tout mon être un philtre ensorceleur,

 

Où la pure harmonie était la souveraine,

Elisant pour palais sonore et fastueux

Le kiosque ajouré du Cher Jardin Dumaine

Qui brillait dans la nuit de ses multiples feux !...

 

Harmonie ! A quel doux et secret sortilège,

Dois-tu donc ta façon amoureuse et mutine

De prendre des garçons bercés par ton solfège

Et de leur imposer ta tendre discipline ?

 

De les tenir ainsi à ta dévotion

Par l’ardeur de ton rythme ou ta chanson berceuse ?

De pouvoir les grouper en parfaite union

Au sein d’une phalange obscure et merveilleuse ?

 

Et je revois encore tous mes bons vieux amis

Coiffés de la casquette à la lyre dorée…

A ta stricte mesure, attentifs et soumis,

Leur constance envers toi n’était pas mesurée…

 

Tu demeurais pour eux la détente et la joie,

La source de plaisir qui jamais ne tarit,

Une intense lueur qui, sans arrêt, flamboie

Pour marquer d’une gamme un instant de la vie.

 

Je te revoie aussi, Philhar de ma jeunesse,

Fêtant allègrement tes cinquante printemps

Dans le faste opulent d’une immense kermesse

Et d’un gai festival au programme éclatant.

 

Et comme en un beau songe où le passé surgit,

Je retrouve soudain les amicaux visages,

Le cercle d’instruments, en s’animant, revit,

M’adressant des échos venant du fond des âges…

 

Et sur chaque pupitre un nom vient se fixer,

Et sur chaque solo de précise une image ;

Les fils du souvenir, en venant s’y tisser

Forment en ma mémoire un émouvant mirage.

 

Et il me semble enfin, en un très long sanglot,

Entendre –par dessus toutes les symphonies-

Le chant plaintif et pur dont le hautbois solo

Accompagne les cris vengeurs des « Erinyes ».

 

Mais le temps a passé, et les songes sont vains…

Les musiciens d’antan, à l’esprit vigilant,

Ont su, par leur exemple, engranger le levain

Ouvrant la voie tracée à de jeunes talents ;

 

Si bien que, toujours jeune, et presque centenaire,

Authentique joyau de ma cité natale,

Fidèle sans relâche à ta vieille bannière,

Tu poursuis, ô Philhar, ta marche triomphale !

 

Et je voudrais encor, en un long soir d’été,

Revenir une fois dans le grand parc en fleurs,

Pour chercher –au travers de tes sonorités-

Les échos d’autrefois et toutes leurs couleurs ;

 

Pour un dernier adieu au cher Jardin Dumaine

Sous le signe apaisant de la douce harmonie,

Pour revoir, en rêvant, dans une nuit sereine,

La splendeur d’une époque adorable et bénie.

 

Maurice VALDULAY (Paris – Mai 1970)

bottom of page